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La Democratie Participative Dans La Gestion Du Risque Nucleaire

LA DEMOCRATIE PARTICIPATIVE DANS LA GESTION DU RISQUE NUCLEAIRE

Introduction
La conception de faits qui « autrefois fleurons de la rĂ©alitĂ© ne sont plus que des rĂ©ponses Ă  des questions que l’on aurait pu poser autrement »  s’est de plus en plus dĂ©veloppĂ©e suite Ă  la survenue de preuve de l’impossibilitĂ© de procĂ©der Ă  une maĂźtrise parfaite des innovations techniques auxquelles sont associĂ©es les risques technologiques. Cependant, le renouvellement des reprĂ©sentations correspondant Ă  l’objectivitĂ© scientifique amĂšne Ă  un questionnement politique quant au rĂŽle que peut et que doit tenir le recours aux compĂ©tences spĂ©cialisĂ©es et aux savoirs dans la vie de la sociĂ©tĂ©, principalement en ce qui concerne le domaine de l’orientation des innovations technologiques. Il en est de mĂȘme dans la gestion des risques laquelle est irrĂ©ductiblement en relation Ă  cette derniĂšre.
Suite Ă  un commentaire de l’ouvrage d’Ulrich Beck concernant la « sociĂ©tĂ© du risque », Bruno Latour rĂ©sume la maniĂšre dont la prise de conscience d’un indĂ©terminisme total du dĂ©veloppement des activitĂ©s techniques et des savoirs amĂšne Ă  l’ouverture d’une nouvelle solidaritĂ© sociale. Il mentionne que « il ne veut pas dire par lĂ  que nous risquons davantage, mais seulement que nous sommes tous devenus solidaires par les liens aussi imprĂ©vus qu’innombrables que tracent autour d’eux les objets industriels et les innovations technologiques que l’on pensait, jusque-lĂ , maĂźtrisables et limitĂ©s » .
Dans ce travail, j’essaierai de rĂ©pondre Ă  la problĂ©matique suivante : Quels seraient les dispositifs efficaces pour amĂ©liorer la participation de la sociĂ©tĂ© civile dans les risques nuclĂ©aires ? Je parlerai principalement du cas des enfouissements des dĂ©chets nuclĂ©aire franco-suisse de 1986 Ă  2013. Pour rĂ©pondre Ă  cette problĂ©matique, je parlerai essentiellement de la notion de participation en dĂ©mocratie et j’essaierai d’en faire un lien avec le dĂ©veloppement de la science et de la technologie.

PremiÚre partie : Cadre théorique
1- Histoire
1-1- Démocratie et la science
Dans le cadre de ce travail, nous sommes face Ă  une problĂ©matique bien dĂ©finie. Il semble plus intĂ©ressant de retracer les grands points de l’histoire de la science et de la dĂ©mocratie afin de voir de maniĂšre plus prĂ©cise la nature de la relation entre ces deux approches qui inspirent de fortes valeurs communes ayant Ă©mergĂ© lors du siĂšcle des lumiĂšres. MalgrĂ© les diffĂ©rences qui peuvent exister entre les deux notions, elles ont les mĂȘmes racines.

D’aprĂšs Bruno EscoubĂšs, un physicien des particules au CNRS, la dĂ©mocratie et la science sont les deux activitĂ©s qui sont les plus en relation Ă  la singularitĂ© par rapport Ă  l’animal. Il souligne que ces deux dĂ©marchent dĂ©coulent d’une mĂȘme essence philosophique.

La science moderne, apparue aprĂšs la Renaissance, plus prĂ©cisĂ©ment aprĂšs le 18Ăšme siĂšcle, s’initie Ă  l’expĂ©rimentation. Dans le mĂȘme temps, la dĂ©mocratie a son origine dans la philosophie matĂ©rialiste ayant dĂ©jĂ  existĂ© Ă  l’époque de l’antiquitĂ©.

La science et les idĂ©es dĂ©mocratiques ont eu des valeurs communes dont principalement l’universalisme des causes matĂ©rielles de la condition humaine laquelle repose sur un matĂ©rialisme philosophique. Il s’agit d’une Ă©poque oĂč sont apparus les droits de l’homme et dont la portĂ©e est universelle.

A l’instar de la dĂ©mocratie, la science tient compte de l’opposition aux monarchies absolues qui Ă©tait confondue aux pouvoirs irrationnels divins. Dans les deux dĂ©marches ont Ă©tĂ© produites des idĂ©es non conformes au dogme de l’Ancien RĂ©gime. La proximitĂ© entre la dĂ©mocratie et la science n’est pas une coĂŻncidence, pour ne citer que les philosophes Ă©taient les scientifiques, par exemple Voltaire, Diderot et Holbach lesquels ont dĂ©fiĂ© l’ancien rĂ©gime grĂące Ă  leurs travaux scientifiques expĂ©rimentaux.

MalgrĂ© les diffĂ©rences qu’elles peuvent prĂ©senter l’une par rapport Ă  l’autre, la dĂ©mocratie et la science restent toujours complĂ©mentaires. De plus, c’est grĂące Ă  la dĂ©mocratie laĂŻque qu’on a pu noter le dĂ©veloppement et l’épanouissement de la science, cela en toute neutralitĂ©. Elle avait pour principal objectif de libĂ©rer l’homme du monde dogmatique et mĂ©taphysique et d’encourager l’entrĂ©e dans le monde rĂ©el. Par ailleurs, les dĂ©couvertes scientifiques ont constituĂ© un appui sur les arguments de penseurs comme Diderot et Voltaire dans le but de remettre en cause l’idĂ©ologie de l’Ancien RĂ©gime.

La sociĂ©tĂ© du Risque d’Ulrich Beck – La scientifisation simple et rĂ©flexive
La dĂ©mocratie et la science ont poursuivi des chemins Ă  part, compte tenu des raisons que nous avons vues dans le paragraphe prĂ©cĂ©dent. En effet, la neutralitĂ© de la science est assurĂ©e par la dĂ©mocratie laĂŻque mais il est impossible d’établir un lien avec la production des connaissances. C’est nĂ©cessairement Ă  partir de cette Ă©volution de la tradition que la foi en la science s’est dĂ©veloppĂ©e jusqu’au 20Ăšme siĂšcle. Il s’agit de la scientifisation simple qui comporte une « prĂ©tention Ă  la vĂ©ritĂ© et Ă  la logique des lumiĂšres » (Beck 2001 ; 342). Beck a distinguĂ© la scientifisation simple de la scientifisation rĂ©flexive, cette derniĂšre Ă©tant celle qui prend forme Ă  partir du dĂ©but du 20Ăšme siĂšcle et qui continue Ă  exister jusqu’à nos jours.

Cette distinction entre les deux types de scientifisation permet d’avoir dĂ©jĂ  une prĂ©vision sur la façon dont notre sociĂ©tĂ© percevait le risque en fonction du contexte dans lequel on est.

Avant, lors de l’époque de la scientifisation simple, la sociĂ©tĂ© Ă©tait uniquement affrontĂ©e aux menaces « externes », c’est-Ă -dire extĂ©rieures Ă  l’humain, notamment celles qui sont issus de la nature. Devant ces menaces externes, aucun doute n’a pu ĂȘtre Ă©tabli quant Ă  la capacitĂ© de la science Ă  Ă©mettre des vĂ©ritĂ©s absolues qui permettaient de rĂ©duire les risques naturels. La frontiĂšre entre profanes et experts Ă©tait trĂšs nette et non remise en question dans la sceintifisation simple. D’ailleurs, on peut noter l’utilisation autoritaire de la vĂ©ritĂ© scientifique dans les relations entre les experts (sciences) et l’extĂ©rieur (profanes). Les mises en doute et la gestion des erreurs ont eu lieu en interne. De ce fait, aucune place n’a Ă©tĂ© accordĂ©e aux profanes lesquels ont Ă©tĂ© considĂ©rĂ©s comme externes Ă  la science. La science de son cĂŽtĂ©, considĂ©rĂ©e comme Ă©tant trĂšs forte compte tenu de ses succĂšs prouvĂ©s par les progrĂšs socio-Ă©conomiques et scientifiques, s’est dĂ©faite des rĂ©sistances de l’opinion publique auxquelles elle faisait face. Elle est alors en mesure de promettre Ă  l’homme que ce dernier pourra ĂȘtre libĂ©rĂ© de ses contraintes naturelles.

On a donc pu noter une vĂ©ritable monopolisation de la science sur les connaissances. Par consĂ©quent, les scientifiques de l’époque ont eu l’opportunitĂ© d’exposer leurs dĂ©couvertes aux non-experts en tant que vĂ©ritĂ©s inĂ©branlables qui ne pouvaient aucune ĂȘtre remises en question par « l’extĂ©rieur ».

D’aprĂšs Ulrich Beck, la sociĂ©tĂ© industrielle se distingue par cette foi absolue au progrĂšs et Ă  la science dont on ne pouvait douter jusqu’au dĂ©but du 20Ăšme siĂšcle (Beck 2001 ; 342).

a) La démystification de la science
A partir du 20Ăšme siĂšcle, la sociĂ©tĂ© voit apparaitre des risques autres que ceux provoquĂ©s par la nature. Il s’agit des risques nĂ©s eux-mĂȘmes de la science. De ce fait, la science n’est plus seulement la source aux solutions des problĂšmes mais font Ă©galement naĂźtre des problĂšmes. Par consĂ©quent les individus commencent Ă  devenir conscients des risques provoquĂ©s par l’industrialisation et au mode de vie qui se modernise de plus en plus. Le modĂšle rĂ©flexif commence Ă  ĂȘtre perçu Ă  travers la formulation des critiques extĂ©rieurs Ă  la science et se prĂ©sente sous forme de mouvements citoyens. Il est Ă  noter que les citoyens ont fait leur premier pas sur la prise de responsabilitĂ© que la politique et la science n’ont pas pu assurer. Cette volontĂ© de la part du citoyen n’a pas pu ĂȘtre mesurĂ©e par les cinq sens, d’oĂč le recours Ă  une approche scientifique en vue d’avoir des rĂ©ponses aux questions qu’elle a posĂ©e. Cela a permis de de rendre la volontĂ© des citoyens riche de consĂ©quences. Il s’agit des premiers signes dans le sens d’une science rĂ©flexive dĂšs la fin du 19Ăšme siĂšcle. Beck l’appelle un processus de dĂ©mystification des sciences (Beck, 2001 ; 343). Il est alors question d’un processus dans lequel la science s’en prend Ă  la science et dans lequel le monde scientifique se place Ă  une autocritique au sein de la sphĂšre publique. On a lors notĂ© une remise en cause des fondements de la science, d’oĂč la disparition du monopole scientifique sur la connaissance. Au dĂ©but, la science fut une variable suffisante qui a servi Ă  la production des vĂ©ritĂ©s Ă  l’époque de la scientifisation simple. Au fur et Ă  mesure, elle est devenue une variable nĂ©cessaire et de plus en plus insuffisante Ă  l’époque de la scientifisation rĂ©flexive. Cela implique l’apparition de variables supplĂ©mentaires qui Ă©taient utilisĂ©es pour Ă©laborer une dĂ©finition acceptĂ©e de la vĂ©ritĂ© par la sociĂ©tĂ©. Ces « autres » variables sont des usagers et des destinataires de la science qui ne tenaient aucun rĂŽle Ă  jouer pour produire des connaissances scientifiques. Mais aujourd’hui, ces variables sont dotĂ©es de « nouvelles possibilitĂ©s d’influence et d’action dans les processus de production et dans l’utilisation des rĂ©sultats scientifiques » (Beck, 2001 ; 345).

La notion de dĂ©mystification de la science a dĂ» ĂȘtre placĂ©e dans son contexte. Bien qu’elle n’ait plus Ă©tĂ© monopole sur la production de connaissances et de vĂ©ritĂ©s, elle a Ă©tĂ© considĂ©rĂ©e plus que jamais indispensable afin de faire face aux risques qu’elle a donnĂ© naissance. Cette foi en la science est variable d’un pays Ă  un autre. Par consĂ©quent, on utilisera les cas de participation dĂ©mocratique en Suisse et en France comme cas d’étude, en considĂ©rant les confĂ©rences de citoyens et des publiforum dans le but de voir dans quelles mesures les thĂ©ories de Beck sont vĂ©rifiĂ©es.

b) La science contre la science
En rĂ©flexion sur elle-mĂȘme, la sociĂ©tĂ© permet de s’émanciper de la science par la science au moyen de dispositifs dĂ©mocratiques, Ă  l’instar des confĂ©rences de consensus, des forums hybrides et des confĂ©rences de citoyens. D’aprĂšs Beck, on atteint « une forme de scientisation des protestations de la science contre la science » (Beck. 2001 ; 351). Cette forme de scientifisation enrichit la production et le dĂ©veloppement de connaissances scientifiques. En effet, elle implique plusieurs domaines d’activitĂ©s issues de l’extĂ©rieur (dont principalement les profanes) pour ĂȘtre exportĂ©es vers l’extĂ©rieur. La scientifisation conduit Ă  la formulation incessante de critiques ayant de solides bases scientifiques, et de faire une confrontation de la science avec des armes de sciences. C’est lĂ  qu’émergent des contre-expertises qui accentuent l’enrichissement scientifique et aussi la politique participative. C’est ce que Callon et al. ont mentionnĂ© dans Agir dans un monde incertain quand ils affirment que les controverses sociotechniques stimulent la recherche, la dĂ©mocratie dialogique et l’exploration de meilleures solutions face Ă  un risque. Ces controverses « mettent Ă  mal le monopole des scientifiques sur les questions de choix techniques engendrant « la » solution aux problĂšmes causĂ©s par la double dĂ©lĂ©gation (l’une aux experts et l’autre aux reprĂ©sentants politiques) » (Callon et al. 2001)

c) La féodalisation
La fĂ©odalisation n’a pas de consĂ©quence nĂ©faste car bien qu’on puisse se fĂ©liciter de voir la science se remettre en question, ce qui permet une controverse enrichissante de s’y frayer un chemin. Elle devient nĂ©anmoins plus vulnĂ©rable devant les convoitises des intĂ©rĂȘts Ă©conomico-politiques et face aux idĂ©ologies qui peuvent biaiser l’objectivitĂ© scientifique. Bien que la science laisse derriĂšre elle une prĂ©tention Ă  la connaissance et Ă  la rĂ©alitĂ©, la scientifisation rĂ©flexive n’efface pas le caractĂšre dogmatique de la science. Beck l’affirme « La conventionnalisation augmente aussi l’arbitraire des prĂ©somptions des risques qui se neutralisent mutuellement. Tout le problĂšme disparaĂźt alors dans le brouillard des conflits d’opinions. Mais les dĂ©finitions du risque sont Ă©laborĂ©es dans le cadre des rapports des sciences avec l’extĂ©rieur, et ils sont bien souvent prĂ©dĂ©terminĂ©s, banalisĂ©s et niĂ©s par ces derniĂšres. Pourtant les sciences se retrouvent ainsi dĂ©pendantes d’influences sociales sous un mode nouveau » (Beck, 2001 ; 363-364).

MĂȘme si ce dĂ©senchantement de la science donne lieu une possibilitĂ© d’intervention pour se prĂ©munir des risques créés par l’homme. Mais en plus, il permet Ă©galement au monde Ă©conomico-politique d’avoir une pression croissante sur la science pour assouvir les intĂ©rĂȘts privĂ©s, d’oĂč une fĂ©odalisation de la pratique scientifique (Beck, 2001 ; 345). Nous allons voir le cas de la gestion des dĂ©chets nuclĂ©aires, un Ă©tat de fĂ©odalisation qui ne montre ni en faveur de la participation dĂ©mocratique ni en faveur de la rĂ©duction du risque. En effet, plusieurs pressions extĂ©rieures s’exercent sur la science, ce qui n’était pas le cas lors de la scientifisation simple et qui font preuve des difficultĂ©s Ă  assumer le rĂŽle de briseur de tabou par rapport Ă  un systĂšme dogmatique, figĂ© et idĂ©ologique. La science en vient parfois Ă  disposer d’un rĂŽle de constructeur de tabou dans le but de rĂ©pondre aux attentes politiques et socio-Ă©conomiques le plus souvent contradictoires. Cela aboutit inĂ©vitablement Ă  des dissensions internes et concerne dans une certaine mesure les fondements de la rationalitĂ© scientifique, ce qui est mentionnĂ© par plusieurs auteurs entre autres Beck et H. Atlan . Il s’agit d’une remise en question quasi-permanente de la science qui a permis l’apparition de nouvelles possibilitĂ©s de choix dans la dĂ©finition de la connaissance, aboutissant Ă  une hypercomplexification des productions scientifiques. En rĂ©sumĂ©, on peut parler d’une complexification de la science, ce qui l’a conduite Ă  une « fĂ©odalisation implicite de sa pratique de la connaissance » (Beck, 2001 ; 368)

d) Science et politique : désenchantement double
Il existe une inversion des rĂŽles entre les acteurs externes et les scientifiques. A ce jour, la science possĂšde de fortes chances de se voir dicter par l’extĂ©rieur concernant ce que doit ĂȘtre la vĂ©ritĂ©. Cela a pour consĂ©quence l’apparition de formulations d’hypothĂšses irrationnelles et de rĂ©sultats scientifiques biaisĂ©s, et principalement l’apparition de crises, Ă  l’instar des crises Ă©conomiques Ă  rĂ©pĂ©tition, Tchernobyl, l’affaire de la vache folle, l’affaire du sang contaminĂ© etc. Dans notre cas d’étude, il y a la crise politico-scientifique sur l’enfouissement des dĂ©chets nuclĂ©aires. Il est impossible de rĂ©soudre ces crises alors que sans la science  peut servir de bouclier servant Ă  la protection des idĂ©ologies et des intĂ©rĂȘts privĂ©s, c’est-Ă -dire des prĂ©jugĂ©s.

Jusque dans les annĂ©es 60, la science pouvait encore bĂ©nĂ©ficier du soutien de l’opinion publique, comme elle Ă©tait trĂšs peu intĂ©ressĂ©e par les controverses. Aujourd’hui, la science est sujette Ă  une vĂ©ritable mĂ©fiance de sa part. Certains travaux montrent qu’« en France, une personne sur trois pense que les scientifiques ne disent pas la vĂ©ritĂ© au grand public et citent le nuclĂ©aire et les OGM. La confiance prĂ©vaut davantage pour d’autres sujets tels que les recherches sur les cellules souches, les nanotechnologies ou les neurosciences. Mais elle reste sous la barre des 50%. Les Français se dĂ©clarent surtout mal informĂ©s dans ces domaines. Le taux de confiance tendrait au plus bas dans les secteurs oĂč on ne peut pas compter sur l’indĂ©pendance des chercheurs vis-Ă -vis du pouvoir politique ou de l’industrie. Les exemples dans lesquels des scientifiques ont menti au grand public sont lĂ©gion. On pense notamment aux spĂ©cialistes des mĂ©dicaments qui ont fait de graves dĂ©gats dans la population. On pense aux spĂ©cialistes scientifiques qui ont longtemps fermĂ© les yeux sur les risques pourtant reconnus de l’amiante » .

Cette crise de confiance ne touche pas uniquement la science mais Ă©galement la politique. Pourtant, on a espĂ©rĂ© que l’Etat puisse profiter de l’occasion afin de jouer le rĂŽle d’arbitre par sa « neutralitĂ© » constitutionnelle et en tant que reprĂ©sentant de la volontĂ© gĂ©nĂ©rale du peuple qu’il reprĂ©sente. Mais l’Etat se voir Ă©galement ĂȘtre remis en cause dans sa facultĂ© Ă  la rĂ©duction des risques technologiques. En effet, depuis quelques dĂ©cennies, on a observĂ© une perte croissante de l’influence politique Ă  l’époque de la mondialisation sur sa souverainetĂ© politique, Ă©conomique, sociale et culturelle. La politique a petit Ă  petit perdu son influence au cours des trente derniĂšres annĂ©es. Le citoyen a en effet pris conscience des promesses de progrĂšs scientifiques et sociales non tenues, ce qui a abouti Ă  un dĂ©senchantement de la politique. En outre, d’aprĂšs Beck, lors du 20Ăšme siĂšcle, plus le citoyen a conquis les droits politiques, plus il se serait affirmĂ© et responsabilitĂ©, plus le systĂšme politique serait davantage remis en question et plus le pouvoir au sommet politico-parlementaire devient de plus en plus superficiel (Beck, 2001 ; 413).

En l’état actuel des choses, nous avons la possibilitĂ© de constater que le contexte favorise la participation dĂ©mocratique dans le risque (dans notre cas : sur les dĂ©chets nuclĂ©aires). La transformation de la politique en sub-politique, la place de plus en plus importante de l’apolitique (par exemple l’influence des intĂ©rĂȘts Ă©conomiques sur la science), la pluralitĂ© de productions de savoirs scientifiques constituent un ensemble de facteurs qui incitent le citoyen Ă  assurer la prise en main de la gestion d’un risque qui le concerne. Le citoyen se retrouve face Ă  une opportunitĂ© qu’il semble avoir saisi avec les confĂ©rences et les PubliForum.

Nous allons essayer de voir comment cela est arrivé, et si la description de la « Société du Risque » de Beck reflÚte la vérité.

Le citoyen parvient Ă  un Ă©tat de fait qui le place en position oĂč il ne peut ni se fier complĂštement Ă  la politique ni Ă  la science. Ayant actuellement rassemblĂ© des responsabilitĂ©s politiques, et compte tenu de la prise de conscience sur l’insuffisance politico-scientifique Ă  la rĂ©solution des risques. Nous sommes donc amenĂ©s Ă  penser que, compte tenu du contexte Ă©conomique, politique et scientifique d’un pays, le citoyen participera Ă  la gestion de son risque.

1-2- La démocratie participative
1-2-1- Définition de la démocratie participative
La dĂ©mocratie participative est un type de partage et d’exercice du pouvoir. Elle repose principalement sur le renforcement de la participation des citoyens Ă  l’adoption des dĂ©cisions politique. DĂ©signĂ©e Ă©galement sous l’appellation « dĂ©mocratie dĂ©libĂ©rative », elle est une notion assez floue et correspond Ă  des diffĂ©rentes rĂ©alitĂ©s.

Selon les Ă©tudes prĂ©sentĂ©es par Rasera en 2011 ont montrĂ© qu’il existe quatre niveaux de participation :
‱ L’information
‱ La consultation : elle rĂ©sulte d’un avis. La procĂ©dure ne peut ĂȘtre associĂ©e Ă  aucune procĂ©dure, ce qui entraine qu’il n’y a pas non plus de portĂ©e juridique. Il est intĂ©ressant de prĂ©ciser qu’un avis constitue une aide Ă  la dĂ©cision et que les conseils dĂ©libĂ©ratifs ont une libertĂ© totale quant Ă  leur choix.
‱ La concertation : elle fait correspondre les personnes concernĂ©es Ă  la rĂ©solution d’un problĂšme
‱ L’implication : elle est obligatoire dans la dĂ©mocratie participative. En effet, les habitants doivent ĂȘtre impliquĂ©s aussi bien en amont qu’en aval de toute prise de dĂ©cision.

Il est utile de prĂ©ciser que la participation recouvre de nombreuses actions lesquelles doivent ĂȘtre prises en considĂ©ration. Elle regroupe toutes les procĂ©dures et tous les dispositifs qui permettent de faire participer les personnes faisant partie d’une communautĂ© Ă  la prise de dĂ©cision.

La dĂ©mocratie participative constitue un Ă©lĂ©ment optimal qui permet la rĂ©ussite des projets quant Ă  leur durĂ©e. De plus, elle permet de faciliter les Ă©volutions en conformitĂ© avec l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. En effet, la dĂ©mocratie participative stimule d’une part l’engagement des personnes concernĂ©es, et d’autre part de mieux comprendre les raisons de la prise de dĂ©cision.

En matiĂšre d’environnement, le principe de participation est devenu un droit fondamental que possĂšde l’homme. Cependant, la dĂ©fense des intĂ©rĂȘts fondamentaux de la Nation peut venir s’y opposer de par son principe contraire. Ainsi, malgrĂ© le droit Ă  l’information qu’organise et dispose le code de l’environnement, il existe un certain nombre de zones de confidentialitĂ©s qui demeurent rĂ©servĂ©es. Ces zones sont parfois battues en brĂšche, principalement par la jurisprudence communautaire. En effet, il est recommandĂ© de s’interroger de l’adĂ©quation des formes de participation aux impĂ©ratifs du secret ainsi que de leur adaptation aux aspirations des personnes impliquĂ©es telles que la population.

1-2-2- Définition de la société civile
La sociĂ©tĂ© civile est rĂ©gie en conformitĂ© aux rĂšgles du Code civil propre aux sociĂ©tĂ©s en gĂ©nĂ©ral par des dispositions particuliĂšres mentionnĂ©es aux articles 1845 et suivants. « La particularitĂ© de la sociĂ©tĂ© civile par rapport Ă  la sociĂ©tĂ©s commerciale rĂ©side dans le fait qu’elles sont « transparentes » » .

La sociĂ©tĂ© civile est un acteur important dans la gestion du risque. En effet, on ne peut pas parler de frontiĂšre quand on parle de risque. Par ailleurs, le risque dĂ©borde les frontiĂšres de l’Etat et celles des systĂšmes d’alliances et des blocs Ă©conomiques. Cependant, il est possible de donner l’organisation d’états-nations Ă  la sociĂ©tĂ© de classes. En outre, les sociĂ©tĂ©s du risque sont Ă  l’origine de « communautĂ©s de menaces » lesquelles sont objectives. De plus, elles ne peuvent ĂȘtre apprĂ©hendĂ©es qu’au sein de la sociĂ©tĂ© mondiale.

1-2-3- Définition de la participation
En sciences politiques, il s’agit d’un terme gĂ©nĂ©ral qui regroupe divers moyens selon lesquels les citoyens ont la possibilitĂ© de contribuer  Ă  la prise de dĂ©cisions politiques. Pour que la participation soit possible, il est exigĂ© qu’il y ait un degrĂ© de transparence, notamment la transparence radicale qui est, notons-le, nĂ©cessaire mais pas suffisante.

On recherche principalement la participation pour les dĂ©cisions qui concernent prioritairement certaines catĂ©gories de la population, plus particuliĂšrement dans le domaine des rĂ©novations urbaines, de l’urbanisme, de l’environnement ou de la gestion des ressources.

1-2-4- Pourquoi faire de la participation ?
Il existe plusieurs enjeux qui incitent une collectivité à procéder à la démocratie participative. Nous présenterons ci-dessous les raisons les plus fréquentes :
– la gestion avec la communautĂ© permet une bonne gestion : la participation est un bon moyen pour parvenir Ă  un ajustement des politiques publiques afin de se conformer le plus possible aux besoins communautaires
– les opportunitĂ©s de profiter de l’expertise d’usage des personnes de la communautĂ© dans le but de mieux structurer le diagnostic tout restant Ă  l’écoute des experts et des profanes (ce sont les non-experts)
– la possibilitĂ© d’effectuer un compte-rendu sur l’opinion publique. En effet, la dĂ©mocratie participative permet d’évaluer, voire de mesurer, le taux de confrontation ou d’acceptabilitĂ© auquel sera soumis une dĂ©cision publique
– la possibilitĂ© de crĂ©er un consensus et de mettre en place l’acceptabilitĂ©. Il est nĂ©cessaire de prĂ©ciser que la dĂ©cision ne relĂšve plus du seul fait des personnes Ă©lues mais elle est prise suite Ă  une discussion avec la communautĂ©, ce qui permet une acceptation plus facile de la dĂ©cision.
– la gestion en amont de la contestation ainsi que la facilitation de la lĂ©gitimitĂ© des prises de dĂ©cisions.

« Il ne sert Ă  rien de se doter d’importants moyens de diffusion unidirectionnels de l’information visant Ă  rĂ©duire les rĂ©sistances au changement techniques –selon une approche classique du Public Understanding of Science- si aucun effort n’est dĂ©ployĂ© dans la direction d’une vĂ©ritable participation des citoyens, des parties prenantes et des groupes concernĂ©s. TrĂšs souvent, davantage d’information crĂ©e davantage d’ambivalence et suscite de nouvelles questions et des discussions sur les options technologiques alternatives » .

« Que s’est-il donc passĂ© ? « Pourquoi, interroge Y. Barthe, Ă  ce moment prĂ©cis, le problĂšme n’a-t-il pas Ă©tĂ© captĂ© et repris directement en charge par ceux qui se prĂ©sentaient jusque-lĂ  comme ses ‘propriĂ©taires’ lĂ©gitimes, Ă  savoir les agences nuclĂ©aires » ? Comment rendre compte de cette soudaine « mise en politique » ? Y a-t-il un lien entre les deux temps de cette histoire, celui d’une gestion essentiellement technique ayant abouti Ă  la progressive irrĂ©versibilisation de l’enfouissement, et celui de la reprise en main par le politique, conduisant Ă  sa rĂ©versibilisation partielle ? Telles sont les questions centrales qu’aborde cet ouvrage remarquablement bien Ă©crit et documentĂ© » .

Concernant le dĂ©bat public, une obligation affichĂ©e  et une nouvelle dynamique en concernent l’organisation. Cela peut ĂȘtre compris comme Ă©tant une action pĂ©dagogique vouĂ©e, Ă  convaincre, Ă  diffuser une problĂ©matique Ă  expliquer et Ă  rendre lĂ©gitime les dĂ©cisions qui devront ĂȘtre prises 
 Mais il faut noter qu’il ne s’agit pas d’une dĂ©libĂ©ration prĂ©parant la dĂ©cision. De plus, il n’y a pas d’autre comprĂ©hension (de plus en plus) qui intervient en tant que contribution Ă  la dĂ©finition des projets, Ă  la prise de dĂ©cisions. Dans ce cas-lĂ , elle ne se rĂ©duit pas Ă  une mĂ©thode de diffusion d’une problĂ©matique technique, mais Ă  enrichir cette problĂ©matique .

La mise en Ɠuvre des dĂ©bats permettent de satisfaire Ă  des obligations formelles qui relĂšvent d’ordre dĂ©mocratique. Mais on se demande si le dĂ©bat doit aussi enrichir ou Ă©clairer une dĂ©cision. Le poids des choix adoptĂ©s de maniĂšre implicite ou explicite a abouti Ă  douter la possibilitĂ© d’une articulation entre dĂ©cision politique et dĂ©bat public.

ConsidĂ©rons le traumatisme de Tchernobyl. Nous pouvons dire que plus il est moins Ă©duquĂ©, plus le public ressent de la peur. Comme facteurs aggravant cette peur, nous pouvons citer le manque de culture scientifique et le manque d’éducation. La majoritĂ© des rapports officiels estime que l’opposition aux dĂ©chets nuclĂ©aires nait du manque d’éducation scientifique qui l’amĂšne Ă  l’irrationalitĂ©. « La soi-disant peur irrationnelle » du public est considĂ©rĂ©e comme Ă©vidente sans qu’il y ait beaucoup d’interrogations sur le fait de savoir si des inquiĂ©tudes sont irrationnelles ou non. Ainsi, nous pouvons dire que la peur peut avoir ses raisons. Il n’est pas dĂ©raisonnable de s’inquiĂ©ter des effets possibles d’un stockage. Compte tenu de la dangerositĂ© effective des dĂ©chets, de l’absence de certitudes concernant les solutions mais aussi d’un certain nombre de prĂ©cĂ©dents qui sapent la confiance que l’on pouvait accorder aux institutions nuclĂ©aires.

1-2-5- Ce qu’on observe d’un instrument participatif
D’abord, il est intĂ©ressant de prĂ©ciser que le recours aux instruments participatifs n’est pas nĂ©cessairement imposĂ© par la loi. En effet, plusieurs dispositifs se sont dĂ©veloppĂ©s dans la sociĂ©tĂ©. La participation communautaire est devenue de nos jours un instrument de politique publique.

Pour mieux observer et analyser les dispositifs relatifs à l’instrument participatif, il est important de rester vigilant aux critùres essentiels qui permettent de mesurer le niveau de participation :
– la possibilitĂ© de s’auto-saisir
– la possibilitĂ© de revoir si nĂ©cessaire la dĂ©finition de la situation relative Ă  l’autoritĂ© de tutelle
– le degrĂ© d’indĂ©pendance Ă  l’égard de l’autoritĂ© de tutelle
– la possibilitĂ© de procĂ©der Ă  une production des connaissances en recourant Ă  des contre-expertises
– la mĂ©diatisation des avis Ă©mis
– les rĂ©percussions sur les prises de dĂ©cisions politiques

a) Controverse sociotechnique, débats publics, démocratie technique, évaluation participative des technologies, gouvernance des risques
La dĂ©mocratie participative Ă©tait sujette Ă  de nombreuses controverses sociotechniques, notamment en ce qui concerne les risques technologiques. Dans l’ouvrage Risques technologiques et dĂ©bat dĂ©mocratique, Ă©crit par D. Bourg et A. Kaufmann, sont mentionnĂ©es les principales controverses sociotechniques nĂ©es de la prolifĂ©ration des risques technologiques dans nos sociĂ©tĂ©s modernes . Cet ouvrage, prĂ©sentĂ© par K. Chevalet lors d’un communiquĂ© de presse souligne que des controverses sont apparues, faisant objet de dĂ©bat public. Plusieurs technologies ont suscitĂ© aussi bien des attentes que des craintes : tĂ©lĂ©phone mobile, nanotechnologies, OGM, nuclĂ©aire civil. En effet, les choix technoscientifiques figurent au cƓur des dĂ©bats en du cĂ©nacle des experts et scientifiques ainsi que des dĂ©cideurs politiques.

b) L’EuroPTA
L’EuroPTA (European Participative Technology Assessment) est soutenu par la communautĂ© europĂ©enne. Cet organisme a pour objectif de dĂ©finir la thĂ©orie implicite des techniques de participation publique, d’en observer la rĂ©alisation et d’en dĂ©finir les modes de fonctionnement. En effet, elle se propose de faire une analyse des mĂ©thodes de participation du public Ă  l’adoption de dĂ©cisions technologiques. L’EuroPTA vise Ă©galement Ă  faire un recensement des bonnes pratiques relatives Ă  ce domaine dans le but d’en promouvoir le dĂ©veloppement.

2- Les grandes limites des processus participatifs et le défi des systÚmes démocratiques en Europe dans la gestion du risque
Les processus participatifs possĂšdent des limites, notamment l’absence d’élargissement de la participation politique, la faiblesse de la participation des personnes, le manque de reprĂ©sentativitĂ©, la faible portĂ©e sur la dĂ©cision politique et le manque de transparence sur l’organisation de la participation.

2-1- Un véritable challenge pour la démocratie
Le processus participatif constitue un vĂ©ritable challenge pour la dĂ©mocratie. En effet, la sociĂ©tĂ© civile doit s’impliquer dans la prise de dĂ©cision politique, si on se rĂ©fĂšre Ă  un article portant sur le rĂŽle de la sociĂ©tĂ© civile . Cet article prĂ©sente les courantes participations de la sociĂ©tĂ© civile, les classe, compare, et apporte une approche diversifiĂ©e de la participation de la sociĂ©tĂ© civile dans la mise en place de politiques scientifiques et technologiques. De plus, il met en valeur les « pratiques utiles » et identifie les conditions nĂ©cessaires qui encouragent la culture de consultation lors d’une implĂ©mentation politique scientifique.

2-2- L’absence d’élargissement de la participation politique
Il est Ă  noter que les dispositifs participatifs sont censĂ©s favoriser la participation des citoyens. Cependant, dans la plupart des cas, cette participation est souvent remise en cause. En effet, le pourcentage d’habitants d’une commune dans les budgets participatifs dĂ©passe rarement 1%. Par ailleurs, les jeunes ĂągĂ©s de moins de 30 ans restent toujours absents pour l’établissement des processus participatifs. De plus, la majoritĂ© des dispositifs prĂ©sentent des difficultĂ©s de mobilisation sur la durĂ©e. Cela semble inhĂ©rent Ă  ce type de dispositif. En outre, les dispositifs mis en place ont tendance Ă  nĂ©gliger la fidĂ©lisation les membres les plus jeunes ainsi que ceux qui sont les plus dĂ©favorisĂ©s du point de vue socio-Ă©conomique. Mais en plus, ils impliquent les salariĂ©s actifs et les chefs d’entreprises. Il est particuliĂšrement Ă  noter que le manque de rĂ©flexion collective face Ă  l’idĂ©ologie du progrĂšs scientifique figure parmi les facteurs expliquant l’absence d’élargissement de la participation politique, comme le mentionnent D. Bourg et A. Kaufmann

2-3- La faiblesse de la participation des personnes
La faible participation des personnes appartenant Ă  des groupes dominĂ©s constitue un facteur qui limite les processus participatifs. Cela est particuliĂšrement problĂ©matique car l’un des principes de la dĂ©mocratie participative est d’étendre la participation politique. En France comme dans la majoritĂ© des pays europĂ©ens, ce sont les personnes instruites et les plus insĂ©rĂ©es qui sont engagĂ©es dans le plan politique, Ă©ventuellement associatif, qui sont les plus actifs sur le plan de la dĂ©mocratie participative. Si on fait rĂ©fĂ©rence aux catĂ©gories socio-professionnelles, la dĂ©mocratie participative intĂ©resse surtout la fraction stable des classes populaires et les classes moyennes. « La sociologie de la participation montre la prĂ©sence massive des plus de  45  ans,  des  couches  moyennes  et  des  femmes,  et  la  trĂšs  faible  prĂ©sence  des  jeunes jusqu’à 35 ans » .

Finalement, les lois sociologiques interviennent de maniĂšre prĂ©pondĂ©rante dans la dĂ©mocratie reprĂ©sentative. D’une part, il y a ceux qui possĂšdent de faibles ressources personnelles (les plus dĂ©favorisĂ©s sur le plan social), c’est-Ă -dire ceux qui intĂ©riorisent l’infĂ©rioritĂ© en s’abstenant de participer Ă  la vie politique. Pour eux, la contrainte d’argumentation est intense dans tous les lieux sur lesquels est basĂ© le dĂ©bat. La crainte de s’exprimer et le sentiment d’incompĂ©tence constituent des freins Ă  la participation. D’autre part, il y a ceux qui ont des ressources plus importantes. Compte tenu de la rĂ©currence de ce constat , les mĂ©thodes, mĂȘme les plus satisfaisantes, mettent en Ă©vidence qu’il est quasiment impossible d’échapper totalement aux effets de la structure sociale. On notera que la dĂ©saffection est plus marquĂ©e chez les 18-25 ans.

2-4- Les scientifiques et la société civile
Il est intĂ©ressant de se demander si les scientifiques et la sociĂ©tĂ© civile sont deux acteurs qui semblent trop Ă©loignĂ©s. Par ailleurs, la connaissance partielle suffit-elle ? Il faudrait se pencher sur la qualitĂ© d’une communication, d’un point de vue scientifique ou mĂ©diatique, mĂȘme si cela n’est pas primordial. Il apparait aussi nĂ©cessaire que cette connaissance s’articule Ă  un rĂ©el dĂ©bat, voire Ă  un processus de dĂ©cision. Dans la maniĂšre oĂč les campagnes d’informations comme en SuĂšde s’accompagnent d’une rĂ©elle implication des parties prenantes dans le transfert d’information comme dans la dĂ©cision. Il faudrait donc plus prĂ©cisĂ©ment de se demander sur la maniĂšre selon laquelle ces dĂ©bats publics devront s’organiser, Ă  noter qu’il existe une marge consensus.

3- Le manque de représentativité
Le manque de reprĂ©sentativitĂ© reste un facteur limitant pour la participation. Mais on se demande s’il s’agit toujours d’un problĂšme. En raison de l’insuffisance d’élargissement de la participation Ă  tous les publics, les dĂ©bats deviennent gĂ©nĂ©ralement non reprĂ©sentatifs sur le plan sociologique.

Ce manque de reprĂ©sentativitĂ© constitue pour les uns un faux problĂšme. En effet, ils considĂšrent la dĂ©mocratie reprĂ©sentative comme le seul facteur relatif Ă  la question de la reprĂ©sentativitĂ©. Il est Ă  noter que la dĂ©mocratie reprĂ©sentative est une dĂ©mocratie des citoyens qui souhaitent se mobiliser, quelles que soient leurs caractĂ©ristiques. A cette fin, le public participatif est nĂ©cessairement ciblĂ© bien qu’il n’y ait aucune recherche de reprĂ©sentativitĂ©. Pour les autres, le manque de reprĂ©sentativitĂ© est un problĂšme car l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral se construira alors « sur le dos » des personnes absentes. Il est primordial qu’il n’y ait aucune dĂ©formation sur les procĂ©dures, ce qui garantit l’égalitĂ© d’accĂšs Ă  la sphĂšre politique.

En France, on parlera de la confiscation  du pouvoir par la haute administration (en France) dans l’optique d’éviter une affaire impossible Ă  maĂźtriser politiquement .  Cela a des rĂ©percussions sur plusieurs domaines, notamment sur la santĂ©. En effet, « 
une telle conjoncture est politiquement impossible de ne pas respecter les exigences de la dĂ©mocratie, et tel est le contexte dans lequel il faut situer l’expĂ©rience qu’a constituĂ© la ‘confĂ©rence de citoyens’ du juin 1998, si l’on veut en saisir la raison d’ĂȘtre, les enjeux et les difficultĂ©s.

Dans un ouvrage rĂ©cent,  Pierre Rosanvallon rappelle que la dĂ©mocratie moderne tient sur une convention fondamentale : celle de la reprĂ©sentation qui est, d’une certaine maniĂšre une pure fiction. En effet, le systĂšme dĂ©mocratique demande Ă  ce que les reprĂ©sentants remplacent la sociĂ©tĂ©. Or le corps social est constituĂ© par nature d’une infinitĂ© de groupes de tendances intĂ©rĂȘts et il est difficile de croire que cette diversitĂ© sera correctement reprĂ©sentĂ©e par quelques centaines Ă©lus .

Aujourd’hui, en France, il est lĂ©gitime de se demander si les dĂ©cisions prises en matiĂšre de gestion des dĂ©chets nuclĂ©aires sont vĂ©ritablement ouvertes. Souvent, les options proposĂ©es sont prĂ©sentĂ©es comme les meilleures solutions Ă©videntes, et que donc ne nĂ©cessitent pas d’ĂȘtre discutĂ©es. Bien que le nombre d’acteurs dominant s’est Ă©largi (entrĂ©e du Parlement et l’autonomisation des autoritĂ©s de suretĂ©), les conditions dans la prise de dĂ©cisions n’ont pas vĂ©ritablement changĂ©es. (CSI Fev 2006. P65-66).

Les scientifiques en sont d’ailleurs partiellement responsables du manque de clartĂ© et de communication avec le public. Il parait lĂ©gitime de se demander pourquoi les scientifiques ont Ă©prouvĂ© des difficultĂ©s Ă  se comprendre et Ă  se faire comprendre sur les problĂšmes relatifs aux dĂ©chets nuclĂ©aires (en tenant compte du fait de la complexitĂ© de la formulation de ces mĂȘmes problĂšmes). En gros la « mise en dĂ©bat » sur les dĂ©chets nuclĂ©aires a donc Ă©tĂ© problĂ©matique aussi bien pour les parties prenantes entres elles que pour les scientifiques entres eux. Les sources des problĂšmes dans la « mise en dĂ©bat » des questions relatives aux dĂ©chets nuclĂ©aires peuvent Ă©galement s’expliquer par l’appropriation du problĂšme des dĂ©chets nuclĂ©aires par certains acteurs (notamment scientifiques) qui s’en estiment ‘propriĂ©taires’ lĂ©gitimes. Par consĂ©quent, ce caractĂšre exclusif ne permet naturellement pas de disposer de possibilitĂ©s de partage. Nous nous trouvons donc devant une situation oĂč s’opposent les tenants de l’ouverture du dĂ©bat public, qui se considĂšrent directement concernĂ©s et  capables de contribuer aux rĂ©flexions scientifiques préétablies et ceux qui doutent de l’intĂ©rĂȘt d’une telle ouverture en arguant sur la faibles implication de la sociĂ©tĂ© civile, sur son incompĂ©tence scientifique et sur son caractĂšre irrationnel Ă  dĂ©faut d’objectivitĂ©. CSI Fev 2006. P66-67.

L’un des enjeux concernant les dĂ©chets nuclĂ©aires, en relation avec l’exercice de la dĂ©mocratie, est de permettre la comprĂ©hension de problĂšmes certes « compliquĂ©s » mais qui ont Ă©tĂ© excessivement rendus  « complexes ». CSI Fev 2006. P68

4- La faible portée sur la décision publique
Le plus souvent, la discussion est encadrĂ©e. De ce fait, elle ne peut concerner que les aspects mineurs de la dĂ©cision. Bien que les budgets participatifs donnent beaucoup de pouvoir dĂ©cisionnel aux citoyens car on observe une rĂ©duction significative de la marge de manƓuvre au moyen d’un contrĂŽle des techniciens et de l’exĂ©cutif, le fait qu’il y ait une contrainte significative du budget municipal ainsi que l’alignement des participants sur les choix municipaux.

Comme la dĂ©mocratie participative est souvent appliquĂ©e Ă  des choix mineurs, elle est parfois qualifiĂ©e de « dĂ©mocratie occupationnelle », comme le mentionne P. Calame « l’art  d’occuper  des  gens  à  des  questions  secondaires : faute  de participer aux grands choix, on se replie sur des choix secondaires, en se donnant l’illusion que l’on reste citoyen pour avoir pu participer Ă  ces choix » . On remarque souvent une incapacitĂ© Ă  penser sur les dĂ©cisions publiques notamment dans les dispositifs que les institutions n’initient pas. Il en est de mĂȘme dans les exercices de dĂ©mocratie participative consacrĂ©s aux fractions les plus dĂ©favorisĂ©es de la sociĂ©tĂ©. On relĂšve souvent la difficultĂ© Ă  peser sur les dĂ©cisions adoptĂ©es par les responsables administratifs et politiques, sauf dans le cas oĂč ces derniers ont un relais syndical, associatif ou politique. Par contre, la prise en compte des structures participatives initiĂ©es par les institutions devient plus facile.

Le « citoyen participatif » devient dĂ©couragĂ© suite Ă  cette faible capacitĂ© d’influence. En effet, il existe beaucoup de citoyens qui affirment que leur point de vue n’est pas pris en considĂ©ration. Certains spĂ©cialistes appellent « participation dĂ©sillusionnĂ©e » le fait que des acteurs se trouvent obligĂ©s de rĂ©pondre Ă  l’offre de participation tout en restant convaincus de son inutilitĂ©. Mais en plus, il existe d’autres facteurs secondaires qui viennent dĂ©courager le citoyen. Le plus souvent, les citoyens pensent que les problĂšmes Ă  rĂ©soudre et Ă  aborder dĂ©passent l’échelle locale. Mais trĂšs peu de moyens existent pour mettre au point des solutions quand le thĂšme de participation concerne directement la vie des citoyens.

Le manque de transparence sur l’organisation de la participation
Il est trĂšs courant que les acteurs et les citoyens des dispositifs participatifs demandent  Ă  ce que les rĂšgles du jeu et le fonctionnement des outils soient Ă©clairĂ©s. La nĂ©gociation et les marges de manƓuvre sur un projet sont toujours claires. Cependant, le retour relatif aux Ă©lĂ©ments des dĂ©bats pris en considĂ©ration lors de la prise de dĂ©cision finale est rarement assurĂ©e. TrĂšs souvent, les Ă©lus, les citoyens mais Ă©galement les techniciens ne disposent pas de formation solide qui permet d’aborder l’exercice participatif dans de meilleures conditions. Toutefois, la question relative Ă  la formation est de plus en plus considĂ©rĂ©e.

5- Les grandes limites de la science dans la gestion des risques en général
5-1- La double délégation
5-1-1- L’isolement de la science
« Le monopole de la production des connaissances conduisent les incertitudes liĂ©es aux connaissances se trouvent cantonnĂ©es dans les laboratoires. Cet isolement est le rĂ©sultat d’une dĂ©lĂ©gation par laquelle la sociĂ©tĂ© confie Ă  des spĂ©cialistes le soin de produire des savoirs robustes et non remis en cause par l’extĂ©rieur » . L’expertise scientifique est devenue incontournable dans le policy making. C’est pourquoi il devient intĂ©ressant de se poser la question sur comment combiner l’importante de l’inclusion d’expertise scientifique avec la lĂ©gitimitĂ© dĂ©mocratique dans la prise de dĂ©cision   (Jasanoff 1990 ).

« 
 se produit frĂ©quemment au sein du processus de genĂšse sociale un risque un phĂ©nomĂšne capital dont la prise en considĂ©ration fournit du moins est-ce mon avis la justification fondamentale de la procĂ©dure de confĂ©rence de citoyens Ce phĂ©nomĂšne est le suivant lorsque les experts Ă©voquent ce que on sait ou ce que on ne sait pas propos de affaire sur laquelle ils expriment souvent de fa on si catĂ©gorique ils ne choisissent que les donnĂ©es scientifiques susceptibles de justifier la cause pour laquelle ils militent ce que appellerai la coagulation dogmatique et partisane de connaissances scientifiques partielles[
]Les scientifiques prennent la parole mais dans un tel contexte une parole de scientifique n’est pas pour autant une parole scientifique. Ils en savent peut-ĂȘtre assez pour ĂȘtre convaincus, mais une conviction, fĂ»t-elle fondĂ©e sur un savoir, ne s’identifie nullement au savoir qui la fonde » . Il s’agit lĂ  d’un exemple de l’affaire Waldsterben en Allemagne 80’s.  « Il est fort dommage que la communautĂ© scientifique ne parvienne pas Ă  imposer ici la distinction entre le scientifique qui sait et l’expert qui est convaincu et auquel la science sert finalement de caution lorsqu’il exprime ses propres convictions ».

5-1-2- L’isolement de la politique
Cette deuxiÚme coupure est produite par la deuxiÚme délégation. Le scrutin électoral tient un rÎle central. Cette procédure produit 5 réductions au second grand partage.

L’exclusion massive assimile le collectif lequel est limitĂ© Ă  une collection d’individus considĂ©rĂ©s comme indĂ©pendants les uns des autres. Elle limite la capacitĂ© d’expression de chacun de ces individus aux choix d’un ou de plusieurs noms de candidats au sein d’une liste préétablie. Par un calcul statistique plus ou moins complexe, la quatriĂšme rĂ©duction remplace la population des citoyens Ă©lecteurs une population plus rĂ©duite qui est celle de ses reprĂ©sentants. La derniĂšre rĂ©duction est relative au silence de ceux qui sont devenus les reprĂ©sentĂ©s, accordant Ă  ceux qui sont devenus leurs reprĂ©sentants un monopole preque exclusifs de la parole et cela sur n’importe quel sujet politique.

5-1-4- Le rĂŽle des scientifiques depuis 1991
« Quel est, tout particuliĂšrement, le rĂŽle des scientifiques promus comme nouvel acteur depuis 1991 ? Surtout si, de maniĂšre un peu provoquante, on en vient Ă  se demander si la question des dĂ©chets nuclĂ©aires n’est pas trop sĂ©rieuse pour ĂȘtre laissĂ©e aux seuls scientifiques. » . En effet, la loi de 1991 portant sur la gestion des dĂ©chets nuclĂ©aires concerne un cadre lĂ©gislatif ayant organisĂ© les recherches relatives Ă  ce sujet pendant 15 ans et y a joint la sociĂ©tĂ© civile. Compte tenu des rĂ©sultats obtenus, une nouvelle loi a Ă©tĂ© votĂ©e par le parlement en juin 2006 qui permet de poursuivre et de procĂ©der Ă  la finalisation des recherches. L’objectif de cette loi a Ă©tĂ© de proposer une solution industrielle efficace au parlement.

6- Le risque des déchets nucléaires
6-1- Définition du risque des déchets nucléaires
Les dĂ©chets nuclĂ©aires sont des matiĂšres qui se prĂ©sentent sous forme solide, liquide ou gazeuse et qui peuvent ĂȘtre contaminĂ©s par des Ă©lĂ©ments radioactifs artificiels ou qui ont Ă©tĂ© soumis Ă  une transformation chimique ou mĂ©canique conduisant Ă  la libĂ©ration de radioĂ©lĂ©ments naturels.

Ils peuvent ĂȘtre produits par :
– les gros producteurs : les usines de retraitement des combustibles usĂ©s et les centrales Ă©lectronuclĂ©aires
– les petits producteurs : les dĂ©chets radioactifs restant provenant des universitĂ©s et laboratoires de recherche, des hĂŽpitaux, de centaines d’industries non nuclĂ©aires etc.

6-2- Débat sur les enfouissements des déchets nucléaires Franco-suisse. (1986-2013)
6-2-1- En France
On a une démystification plus lente en France.
L’Etat français, par sa tradition rĂ©publicaine centralisatrice, avait pendant longtemps une main mise importante sur l’expertise lĂ©gitime. L’Etat rĂ©publicain, censĂ© conduire Ă  une reprĂ©sentation objective des dĂ©cisions (y compris scientifiques) au nom de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, s’est vu avec les crises successives ĂȘtre doublement remis en cause : sur son savoir scientifique comme fondement lĂ©gitime de la dĂ©cision, ainsi que la lĂ©gitimitĂ© des institutions françaises (Theys, 1996 ; 4-5).

Les procĂ©dures de dĂ©bats publiques en France, mĂȘme si elles ont Ă©tĂ© prĂ©cisĂ©es, ne sont pas vraiment inscrites dans une routine dĂ©mocratique. Par exemple, si on tient compte du cas de l’enfouissement des dĂ©chets nuclĂ©aires, ces procĂ©dures françaises ont Ă©tĂ© soumises Ă  la conjoncture ainsi qu’à de fortes contraintes. En France, le dĂ©bat public en France se limite encore la plupart du temps Ă  des entreprises de communication, d’information, sans prendre en considĂ©ration les expĂ©riences faites dans d’autres pays, (SuĂšdes, Suisse etc..). Autrement dit, il serait intĂ©ressant de dĂ©finir ceux qui peuvent participer aux dĂ©bats et dans quelles conditions les dĂ©chets nuclĂ©aires posent encore problĂšme en France.

Il est important de mettre en Ă©vidence que le dĂ©bat public sur les dĂ©chets nuclĂ©aires, mĂȘme visible, n’est pas dĂ©sirĂ©, y compris  par une partie des scientifiques qui ont fait de la recherche dans ce domaine depuis 1991.
La loi bataille, loi française n°91-1381 du 30 décembre 1991 concerne les recherches sur la gestion des déchets radioactifs, plus particuliÚrement de moyenne et haute activité à vie longue. Cette loi concerne essentiellement les déchets ultimes provenant du traitement des combustibles usées et les déchets ayant une activité moyenne (sources scellées, déchets de procédé, déchets historiques).

En rĂ©alitĂ©, les scientifiques directement impliquĂ©s dans la gestion des dĂ©chets nuclĂ©aires prennent assez peu en compte le public.  D’ailleurs l’entitĂ© « public est rĂ©duite Ă  un vaste ensemble mal dĂ©fini, comme Ă©tant perçu comme peureux et irrationnel contrairement aux scientifiques. Alors que le public est souvent accusĂ© de mĂ©connaitre la science et ce qui se passe au sein de la communautĂ© scientifique, l’inverse est aussi vrai pour le scientifique qui a souvent une vision simplifiĂ©e de la sociĂ©tĂ© et de ses reprĂ©sentants
mĂȘme s’ils les considĂšrent comme des acteurs potentiels (qu’ils veuillent ou non entrer dans le dĂ©bat publique).

6-2-2- en Suisse
La question relative Ă  l’enfouissement des dĂ©chets nuclĂ©aires perdure en Suisse depuis qu’elle devait sortir du nuclĂ©aire, comme la ConfĂ©dĂ©ration a annoncĂ©. En effet, le laboratoire de mĂ©canique des sols de l’EPFL ne cesse d’y travailler depuis une dĂ©cennie sur cette question. En plus de l’expertise gĂ©o-mĂ©canique, le laboratoire a mis au point des matĂ©riaux et des outils qui permettent de vĂ©rifier les systĂšmes de barriĂšres multiples, aptes Ă  contenir la radioactivitĂ© sur une pĂ©riode s’échelonnant de 500 Ă  1000 ans.

Depuis le moratoire de 10 ans que le Parlement a votĂ© en 2006, les dĂ©chets suisses ne sont en train de refroidir dans des piscines immenses dans le canton d’Argovie (volume Ă©valuĂ© Ă  8000 m3) si, auparavant, ils ont Ă©tĂ© envoyĂ©s en Allemagne et en France. Il s’agit d’un stockage temporaire car Ă  terme, le pays a prĂ©vu un enfouissement dĂ©finitif en couche gĂ©ologique profonde.

En Suisse, trois Ă©tapes sont mises en Ɠuvre pour le stockage de dĂ©chets :
‱ L’entreposage en couches gĂ©ologiques profondes
En Suisse, il y a plusieurs sites qui sont Ă  l’étude. Quand un endroit est choisi, il s’agira de procĂ©der Ă  la construction d’un rĂ©seau de tunnels situĂ© Ă  une profondeur de 1 km. L’entrepĂŽt des dĂ©chets y aura lieu.

‱ La vitrification des dĂ©chets
Elle consiste en un mĂ©lange des dĂ©chets Ă  une matrice de verre. Le verre est principalement choisi pour sa rĂ©sistance Ă  la chaleur pour une durĂ©e de 300 000 ans. De plus, elle possĂšde une bonne rĂ©sistance Ă  l’altĂ©ration par l’eau et Ă  l’irradiation. Chaque cylindre de verre est mis dans un conteneur en acier et constitue un « colis de dĂ©chets vitrifiĂ© » dont la longueur est de 8 mĂštres et le poids est de 2 tonnes.

‱ La fixation des dĂ©chets vitrifiĂ©s dans de la bentonite faite Ă  base de sodium
La bentonite Ă  base de sodium est une argile ayant pour propriĂ©tĂ© de se dilater en volume quand elle est humide. Elle a la facultĂ© d’absorber plusieurs fois sa masse en eau. De plus, quand elle est injectĂ©e dans les tunnels de stockage, elle peut s’étendre, cela jusqu’à ce que les vides entre la roche et les fĂ»ts soient comblĂ©s.

7- Les risques technologiques
Les risques technologiques sont des risques qui ont pour origine une action humaine. On peut citer les risques nucléaires, industriels et biologiques. Les principaux risques technologiques sont :
‱ La destruction de la couche d’ozone (CFC)
La destruction de la couche d’ozone est principalement due Ă  l’utilisation des CFC (chlorofluorocarbones) et par les halons qui sont des composĂ©s trĂšs stables. Ces derniers ont la facultĂ© de monter vers la stratosphĂšre et provoquent la destruction de l’ozone. En effet, quand ils sont au contact des rayons ultraviolets, ils libĂšrent leur chlore par photolyse. La destruction de l’ozone stratosphĂ©rique a essentiellement lieu dans les rĂ©gions polaires quand les tempĂ©ratures descendent en dessous de -80°C.

‱ Les OGM
Les OGM (Organismes GĂ©nĂ©tiquement ModifiĂ©s) sont des organismes vivants dont le patrimoine gĂ©nĂ©tique a Ă©tĂ© modifiĂ© suite Ă  une intervention humaine. La mise en Ɠuvre des OGM a pour but de mettre en danger une agriculture ancestrale. En effet, dans le cas de l’agriculture par exemple, les paysans rĂ©cupĂšrent les grains d’OGM.

‱ Les pluies acides
Les pluies acides sont le rĂ©sultat d’une pollution atmosphĂ©rique plus ou moins grave. Elles ont pour consĂ©quence de modifier l’équilibre gĂ©nĂ©ral de l’eau. De plus, elles peuvent aussi avoir des rĂ©percussions sur les conditions de vie des organismes vivant dans l’eau.

‱ L’effet de serre
L’effet de serre, ou rĂ©chauffement anormal de la terre, est dĂ» Ă  une augmentation de la tempĂ©rature ambiante. Il apparait suite Ă  un rejet, en quantitĂ© excessive, de gaz, notamment le gaz carbonique, le mĂ©thane et les gaz issus de la combustion du pĂ©trole. L’effet de serre a plusieurs consĂ©quences, notamment sur la santĂ© humaine et sur celle des animaux. Il peut conduire Ă  une modification de l’équilibre au sein de l’écosystĂšme.

7-1- Les caractéristiques communes de ces risques
« 
la nature oĂč nous vivons a dĂ©sormais une dimension intrinsĂšquement politique.. ».
« La population a donc le droit d’exiger que soit contrĂŽlĂ©e la maniĂšre dont fonctionne dans de tels domaines cette indispensable synergie des politiques et scientifiques. ».

Remarque : L’évaluation du risque se distingue clairement de l’évaluation technologique. Le premier ayant peu de choses avoir avec des initiatives parlementaires. Les risques sont souvent associĂ©s avec des relations complexes de causes Ă  effets.

7-2- La nĂ©cessitĂ© de la participation de la sociĂ©tĂ© civile dans l’évaluation du risque
Les risques sont souvent en lien avec des relations complexes de causes Ă  effets. L’incertitude dans l’évaluation d’un dommage potentiel, ainsi qu’avec de grandes difficultĂ©s Ă  interprĂ©ter des rĂ©sultats complexes et incertains. (Renn 2002) . Pour cet auteur,  la dimension cognitive tient un rĂŽle primordial. Pour les citoyens, seuls les risques perceptibles constituent un problĂšme. Les autres risques peuvent donc ĂȘtre nĂ©gligĂ©s. C’est la raison pour laquelle la participation de la sociĂ©tĂ© civile a pour objectif de clarifier la connaissance de base nĂ©cessaire pour juger/dĂ©terminer le niveau de risque tolĂ©rable.

Parce que l’expertise scientifique est hautement controversĂ©e, plus particuliĂšrement en ce qui concerne l’évaluation du risque, la question consiste Ă  savoir « Ă  quel point est-ce suffisamment sĂ»r ? ». Que ce soit dans le domaine alimentaire ou concernant les dĂ©chets nuclĂ©aires, la rĂ©ponse est tout sauf facile. Tous les scientifiques n’ont pas le mĂȘme degrĂ© de probabilitĂ© du risque, ce qui gĂ©nĂšre des conflits entres eux sur comment « gĂ©rer » le problĂšme, ou sur quelles recommandations faudrait-il faire suite Ă  leurs trouvailles. GĂ©nĂ©ralement, on s’en apercevra que les choix des mĂ©thodes ou les objets d’enquĂȘte se fondent sur des valeurs personnelles.

Parce que « la distinction entre la connaissance scientifique et la connaissance des citoyens ordinaires ou de la sociĂ©tĂ© civile ne tient plus, Ă©tant donnĂ© qu’à prĂ©sent il y a plusieurs formes de connaissances qui conviennent autant Ă  la science qu’à la mise en place de politiques. La question serait de savoir comment dĂ©velopper cette connaissance et comme pourrait on la rendre accessible et productive Ă  l’avenir ».

L’organisation et l’association de sociĂ©tĂ© civile jouent un rĂŽle de plus en plus important dans la dĂ©volution de la sociĂ©tĂ© civile. (ex : science shop : Comme l’ARCC : Elles ont beaucoup accompli en dĂ©veloppant des structures de bonnes interactions entre la science et la sociĂ©tĂ© civile, par exemple dans le domaine de la participatory technology assessment. Elles sont proches de la sociĂ©tĂ© civile, de leurs besoins et de leurs problĂšmes, mais n’offre pas une interaction politique ou publique, comme les forums. Elles ont une rĂ©percussion indirecte significative sur la mise en place des politiques dans le domaine du risque.

DeuxiÚme partie : Démarche exploratoire
1- Les pratiques considérées
1-1- Les Focus groupes
Les focus groupes sont une forme d’étude et de recherche qualitative qui existe au sein d’un groupe spĂ©cifique sociĂ©tal, idĂ©ologique ou culturel. Ils ont pour but de dĂ©terminer la rĂ©ponse de ce groupe et l’attitude qu’il utilise face Ă  un service, un produit ou un concept.

L’utilisation des Focus groupes a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©e trĂšs importante en politique. En effet, il s’agit d’une dĂ©marche mĂ©diatisĂ©e qui consiste Ă  tester une idĂ©e et voir ainsi quelle est la rĂ©action du public. On procĂšde ensuite Ă  l’analyse de la rĂ©action de maniĂšre trĂšs scientifique et on note le degrĂ© d’acceptation laquelle est mesurĂ©e dans le but d’apporter, si nĂ©cessaire, des rectifications sur les mesures qui semblent politiquement incorrectes et moralement inacceptables.

1-2- Les conférences de consensus (Danemark)
Depuis 1987 , le Danish Board of Technology, une instance parlementaire, crĂ©e un modĂšle de confĂ©rences nommĂ© “ConfĂ©rence publiques de consensus”. Ces derniĂšres sont le socle d’une pratique elle-mĂȘme dĂ©nommĂ© « Ă©valuation participative de la technologie »  . En rĂ©alitĂ©, l’origine des « confĂ©rences de consensus » est un instrument de gestion de la santĂ© publique mis au point aux USA dans les annĂ©es 70. Le but Ă©tait d’impliquer les patients pour amĂ©liorer leurs traitements en se rĂ©unissant devant des mĂ©decins grĂące Ă  une discussion organisĂ©e afin de dĂ©celer les meilleures solutions possibles. À partir des annĂ©es 90, on passe d’un modĂšle d’une assemblĂ©e de spĂ©cialistes recherchant la meilleure voie Ă  une rĂ©union de profanes mes en prĂ©sence d’experts (Board of Technology) dont le but est favoriser la dĂ©mocratisation de la science et de la technique .

1-3- La conférence de citoyens (France)
Un exemple bien connu de « confĂ©rence de citoyens » fait suite Ă  une initiative prise par le premier ministre Lionel Jospin le 27 novembre 1997, autorisant la mise en culture du maĂŻs transgĂ©nique de la firme Novartis. Une « confĂ©rence de consensus »  est alors organisĂ©e avec l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques .  Il s’agit d’une instance parlementaire comparable au Danish Board of Technology au Danemark en 1987. L’objectif Ă©tait de clarifier les enjeux qui sont au cƓur du dĂ©bat, de faire Ă©merger les certitudes et les incertitudes, les conflits d’intĂ©rĂȘts, les convergences ainsi que les divergences dans le but d’amener le panel des profanes qui doit le conduire Ă  formuler ses questions aux experts. Durant ces confĂ©rences, les citoyens posent leurs questions aux experts et dialoguent avec eux. Par la suite, le panel se retire, dĂ©libĂšre Ă  huis clos et rĂ©dige un avis qui sera rendu public immĂ©diatement. Contrairement Ă  l’Office Danois, L’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques n’avait pas pour mission de dĂ©velopper dans le pays le dĂ©bat public sur les questions de science et de technologie.  Il va devenir, malgrĂ© tout, le lieu d’une vĂ©ritable innovation dans ce domaine.

Dans une telle procĂ©dure, il agit fondamentalement de la part des membres du panel un engagement personnel et collectif anonyme. Il y a lĂ  aucune contradiction dĂšs lors que, une fois choisis de façon anonyme, ils sont missionnĂ©s pour rĂ©flĂ©chir et exprimer publiquement les conclusions de leurs rĂ©flexions. Il s’agit des conclusions discutables, mais sont prĂ©cisĂ©ment dans la mesure oĂč elles mĂ©ritent d’ĂȘtre ultĂ©rieurement discutĂ©es, elles sont ainsi le plus lĂ©gitimement du monde officiellement et publiquement proposĂ©es est la raison ĂȘtre et par consĂ©quent la forme de lĂ©gitimitĂ© une telle confĂ©rence de citoyens »

1-4- Publiforum (Suisse)
Le Publiforum est basĂ© sur le modĂšle des confĂ©rences de consensus dĂ©veloppĂ© au Danemark. Il a pour vocation d’autoriser la population Ă  s’entretenir avec des dĂ©cideurs des milieux Ă©conomiques et politiques et des chercheurs afin de stimuler le dĂ©bat public. Ainsi, une plateforme est ainsi créée afin de favoriser le dialogue entre l’opinion publique et les scientifiques. Un panel de citoyens est formĂ© avec une trentaine de personnes choisies au hasard et venant de diverses rĂ©gions de la Suisse.

1-5- Les forums hybrides
Les forums hybrides « sont des tentatives plus ou moins spontanĂ©es, plus ou moins organisĂ©es, qui, dans leur diversitĂ©, sont autant des dispositifs permettant d’explorer, par essais et erreurs, les rĂ©ponses possibles Ă  ces question entourĂ©es d’incertitudes radicales ». (Callon, Lascoumes et Barthe, 2001 : p36).

L’autoritĂ© publique a pour mission d’insĂ©rer dans le processus politique ce qui a Ă©tĂ© produit au sein des forums hybrides, L’autoritĂ© publique partage sa responsabilitĂ© avec deux autres acteurs clefs de l’espace publique : les mĂ©dias et le mouvement associatif.
On a organisĂ© un forum parce qu’il s’agit d’espaces ouverts oĂč des groupes peuvent se mobiliser pour dĂ©battre de choix techniques qui engagent le collectif.
L’appellation « hybride » est due au fait que ces groupes engagĂ©s et les porte-paroles qui prĂ©tendent les reprĂ©senter sont hĂ©tĂ©rogĂšnes : experts, hommes politiques, techniciens et profanes qui s’estiment concernĂ©s. De plus, les questions abordĂ©es et les problĂšmes soulevĂ©s s’inscrivent dans des registres variĂ©s qui vont de l’éthique Ă  l’économie en passant par la physiologie, la physique atomique, et Ă©lectromagnĂ©tique.

Remarque : Technology Assessment participatif
L’approche en termes de TA participatif ou pTA reprĂ©sente l’une des tentatives les plus avancĂ©es pour mettre en place des forums hybrides dans lesquels il est possible de dĂ©battre des dangers et des autres enjeux relatifs aux technologies prĂ©sentant des risques hypothĂ©tiques (Kaufmann et al 2004 : p113) (dans le cas des dĂ©chets nuclĂ©aires en ce qui nous concerne).

2- L’influence de ces pratiques sur les prises de dĂ©cision
Il est intĂ©ressant de questionner sur l’influence de ces pratiques concernant les prises de dĂ©cisions :
– en amont des politiques scientifiques et technologiques
– en aval des politiques scientifiques et technologiques.
Quel est le statut des avis Ă  l’issue de ces modes de participation ? Quel poids ont-ils dans les prises de dĂ©cisions politiques ?
S’agit-il d’un avis qui se situe uniquement dans le dĂ©bat public ? Et non pas dans l’ordre de la dĂ©cision politique ? Le dĂ©veloppement de ce dĂ©bat public dans la sociĂ©tĂ© et son retour vers les instances politiques Ă  l’occasion d’un dĂ©bat parlementaire constituent-ils une 3Ăšme dimension de ce processus ?

Il nous parait intéressant de trouver des réponses à ces questions.

3- La participation de la société civile dans la gestion des risques
La participation de la sociĂ©tĂ© civile dans la gestion des risques permet-elle de restaurer l’Etat dans une fonction qui lui est aujourd’hui contestĂ©e dans la « sociĂ©tĂ© du risques » ou dans la « sociĂ©tĂ© des menaces » ?

3-1- Le cas Suisse
« Il n’y aura pas de site de stockage de dĂ©chets radioactifs en Suisse sans consultation de la population. Mais le processus participatif que la ConfĂ©dĂ©ration a lancĂ© aujourd’hui ne parvient pas Ă  cacher les problĂšmes et les dangers d’un site de stockage de dĂ©chets radioactifs. Il reste consultatif et provoquera une rĂ©sistance massive. Les Verts viennent de dĂ©poser une initiative parlementaire visant Ă  restaurer le droit de codĂ©cision des cantons en matiĂšre de stockage gĂ©ologique des dĂ©chets nuclĂ©aires » .

Les Verts estiment que le stockage des dĂ©chets radioactifs produits par la Suisse doit ĂȘtre effectuĂ© en Suisse. Il convient donc de rĂ©soudre les problĂšmes techniques auxquels on n’a pas toujours trouvĂ© de solution et de prendre la population au sĂ©rieux, en considĂ©rant rĂ©ellement son point de vue et en la faisant participer Ă  la prise de dĂ©cision. C’est pourquoi les Verts ont dĂ©posĂ© une initiative parlementaire dans laquelle la rĂ©introduction du droit d’intervention des cantons est exigĂ©e.

3-2- Le cas Français
Une quarantaine d’associations a lancĂ© un appel au boycottage lequel a Ă©tĂ© entendu. PrĂšs de 200 opposants venus au Centre industriel de stockage gĂ©ologique des dĂ©chets radioactifs ont empĂȘchĂ© la tenue d’une rĂ©union lors de laquelle un dĂ©bat public sur le projet devait ĂȘtre effectuĂ©.

« Les opposants Ă  l’enfouissement pourraient ĂȘtre confortĂ©s par un avis de l’AutoritĂ© de sĂ»retĂ© nuclĂ©aire (ASN) rendu public mercredi. S’il ne remet pas en cause le centre de stockage gĂ©ologique, cet avis Ă©met pourtant une sĂ©rie de rĂ©serves qui pourraient  contraindre l’Agence nationale pour la gestion des dĂ©chets radioactifs (Andra), maĂźtre d’ouvrage du futur site de stockage gĂ©ologique, Ă  revoir sur plusieurs points son dossier » .

Conclusion – Discussion
La thĂ©orie d’un complot semble bien rĂ©elle si on souhaite parler de la gestion du risque nuclĂ©aire. En effet, il s’agit d’un symptĂŽme d’une insuffisance de confiance qui existe entre les institutions et les citoyens. Ce dĂ©ficit de confiance existe dans presque tous les pays. Il est Ă  noter que la gestion des risques est relative Ă  la gestion de l’incertitude. Par consĂ©quent, la confiance est indispensable pour agir. Une approche ouverte relative Ă  l’expertise et l’établissement d’un dialogue franc avec toutes les parties prenantes permettent au moins de marginaliser le doute des citoyens sur le mode de gestion des risques. La participation des citoyens de par la dĂ©mocratie est primordiale pour une meilleure gestion des risques nuclĂ©aires lesquels deviennent un problĂšme d’ordre national, au vu des accidents nuclĂ©aires qui sont survenus dans certains pays.

Le consensus est assez rare vu que l’avancement de la science s’effectuait quasiment dans le dissensus. L’opposition se trouve Ă  l’origine des hypothĂšses et il s’agit du principal facteur qui permet l’avancĂ©e des connaissances. Quant Ă  l’impartialitĂ©, elle ne peut pas ĂȘtre une qualitĂ© personnelle, vu qu’il s’agit du rĂ©sultat d’un effort volontariste et conscient. Toutefois, il est toujours possible de construire un processus impartial car il offre les mĂȘmes chances pour toutes les opinions de s’exprimer.
Bibliographie
‱ Claude GILBERT et Isabelle BOURDEAUX « Recherche et dĂ©chets nuclĂ©aires. Une rĂ©flexion interdisciplinaire » Cahier Risques collectifs et situations de crise. N 5 FĂ©vrier 2006.
‱ BARTHE Yannick, Le pouvoir d’indĂ©cision. La mise en politique des dĂ©chets nuclĂ©aires, Paris, Economica, coll. “Etudes politiques”, 2006.
‱ CALLON Michel, LASCOUMES Pierre, BARTHE Yannick, Agir dans un monde incertain. Essai sur la dĂ©mocratie technique, Paris, Le Seuil, coll. “La couleur des idĂ©es”, 2001.
‱ BARTHE Yannick, “Nuclear waste: The meaning of decision-making”, in Luis Aparicio (ed.), Making Nuclear Waste Governable. Deep underground disposal and the challenge of reversibility, Springer/Andra, 2010, p. 9-27.
‱ AKRICH Madeleine, BARTHE Yannick, RÉMY Catherine, “Les enquĂȘtes ‘profanes’ et la dynamique des controverses en santĂ© environnementale”, in AKRICH Madeleine, BARTHE Yannick, RÉMY Catherine, (Ă©d.), Sur la piste environnementale. Menaces sanitaires et mobilisations profanes, Paris, Presses de l’Ecole des mines, 2010, p. 7-52
‱ BARTHE Yannick, CALLON Michel, LASCOUMES Pierre, “De la dĂ©cision politique rĂ©versible: histoire d’une contribution inattendue de l’industrie nuclĂ©aire (française) a l’instauration de la dĂ©mocratie dialogique”, Urbe. Revista Brasileira de GestĂŁo Urbana (Brazilian Journal of Urban Management), vol. 2, n°1, 2010, p. 57-70.
‱ BARTHE Yannick, “Framing Nuclear Waste as a Political Issue in France”, Journal of Risk Research,  vol. 12, n°7-8, 2009, p. 941-954.
‱ Alain KAUFMANN, Horace PERRET, Barbara BORDOGNA PETRICCIONE, Marc AUDETAT, et Claude JOSPEH “ De la gestion Ă  la nĂ©gociation des risques: Apports des procedures participatives d’évaluation des choix technologiques”, dans Les usages de la precaution. Revue EuropĂ©enne des sciences sociales, N°130, 2004: P.113-119.
‱ BARTHE Yannick, “Les qualitĂ©s politiques des technologies. RĂ©versibilitĂ© et irrĂ©versibilitĂ© dans la gestion des dĂ©chets nuclĂ©aires”, TracĂ©s. Revue de Sciences humaines, n°16, 2009, p. 119-137.
‱ BARTHE Yannick, CALLON Michel, “DĂ©cider sans trancher. NĂ©gociations et dĂ©libĂ©rations Ă  l’heure de la dĂ©mocratie dialogique”, NĂ©gociations, 2005, n°4, p. 115-129
‱ BARTHE Yannick, “Discuter des choix techniques”, Projet, n°284, 2005, p. 80-84
‱ ARTHE Yannick, “De la dĂ©cision Ă  l’exploration : les transformations de l’expertise dans le domaine des dĂ©chets nuclĂ©aires”, in Claude Gilbert (dir.), Risques collectifs et situations de crises. Apports de la recherche en sciences humaines et sociales, Paris, L’Harmattan, 2003, p. 129-143.
‱ BARTHE Yannick, “Les dĂ©chets radioactifs Ă  vie longue sont-ils gouvernables?”, Annales des Mines – ResponsabilitĂ© et environnement, n°10, 1998, p. 63-70.
‱ LEMIEUX Cyril, BARTHE Yannick, “Les risques collectifs sous le regard des sciences du politique. Nouveaux chantiers, vieilles questions”, Politix, n°44, 1998, p. 7-28
‱ Dominique BOURG« Une principe aussi mal compris que nĂ©cessaire, 2006 p.112-118

Table des matiĂšres
Introduction 1
PremiÚre partie : Cadre théorique 1
1- Histoire 1
1-1- Démocratie et la science 1
La sociĂ©tĂ© du Risque d’Ulrich Beck – La scientifisation simple et rĂ©flexive 2
a) La démystification de la science 3
b) La science contre la science 3
c) La féodalisation 4
d) Science et politique : désenchantement double 4
1-2- La démocratie participative 6
1-2-1- Définition de la démocratie participative 6
1-2-2- Définition de la société civile 6
1-2-3- Définition de la participation 7
1-2-4- Pourquoi faire de la participation ? 7
1-2-5- Ce qu’on observe d’un instrument participatif 8
a) Controverse sociotechnique, débats publics, démocratie technique, évaluation participative des technologies, gouvernance des risques 9
b) L’EuroPTA 9
2- Les grandes limites des processus participatifs et le défi des systÚmes démocratiques en Europe dans la gestion du risque 9
2-1- Un véritable challenge pour la démocratie 9
2-2- L’absence d’élargissement de la participation politique 9
2-3- La faiblesse de la participation des personnes 10
2-4- Les scientifiques et la société civile 10
3- Le manque de représentativité 11
4- La faible portée sur la décision publique 12
Le manque de transparence sur l’organisation de la participation 12
5- Les grandes limites de la science dans la gestion des risques en général 13
5-1- La double délégation 13
5-1-1- L’isolement de la science 13
5-1-2- L’isolement de la politique 13
5-1-4- Le rĂŽle des scientifiques depuis 1991 13
6- Le risque des déchets nucléaires 14
6-1- Définition du risque des déchets nucléaires 14
6-2- Débat sur les enfouissements des déchets nucléaires Franco-suisse. (1986-2013) 14
6-2-1- En France 14
6-2-2- en Suisse 15
7- Les risques technologiques 15
7-1- Les caractéristiques communes de ces risques 16
7-2- La nĂ©cessitĂ© de la participation de la sociĂ©tĂ© civile dans l’évaluation du risque 16
DeuxiÚme partie : Démarche exploratoire 17
1- Les pratiques considérées 17
1-1- Les Focus groupes 17
1-2- Les conférences de consensus (Danemark) 17
1-3- La conférence de citoyens (France) 17
1-4- Publiforum (Suisse) 18
1-5- Les forums hybrides 18
2- L’influence de ces pratiques sur les prises de dĂ©cision 19
3- La participation de la société civile dans la gestion des risques 19
3-1- Le cas Suisse 19
3-2- Le cas Français 19
Conclusion 20
Bibliographie 21

 

 

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