docudoo

L’évolution du rôle de la banque centrale européenne

L’évolution du rôle de la banque centrale européenne

 

 

Introduction :

 

Le 10 mai 2010, les traders de la banque centrale européenne rachètent de nombreux bons du Trésor grecs se trouvant sur les marchés dits secondaires. Par cette action, la banque centrale européenne depuis ses dix ans d’existence change de stratégie et prend une décision de nature irrévocable et décisive ; du fait qu’elle a mis sur pied le SMP ou le Securities Market Program, une action qualifiée par certains d’original.

Quelques minutes après le rachat desdits bons du Trésor, la banque centrale européenne  fait paraitre un communiqué de presse et affirme : « avoir pris une mesure technique afin de faire face aux dysfonctionnements apparus sur certains segments du marché interbancaire pouvant nuire à la transmission de sa politique monétaire »[1].

Qui plus est, le 7 mai 2010, soit trois jours avant cette opération de rachat, le Conseil de gouverneurs indique avoir pris connaissance des annonces émanant des dirigeants de la zone euro au sujet de la consolidation fiscale.

Dans ce même ordre d’idée, Jean-Claude Trichet, président de la banque centrale européenne de 2003 à 2011, au cours d’un diner des chefs d’État avait fait part « des risques d’une propagation des problèmes relatifs au refinancement rencontrés par les États qui sont économiquement en difficulté à l’ensemble de la zone euro ». Aussi, dans le but de remédier à cette situation de nature complexe, les ministres des Finances de chaque État concerné ont créé le FESF ou le Fonds Européen de Stabilisation Financière.

Ce dernier a été conçu, non seulement, pour fournir une aide économique aux Êtas qui ne peuvent plus faire des emprunts sur les marchés financiers ; mais également pour prévenir les difficultés dites systémiques qui pèsent sur les dettes des États faisant partie de la zone euro.

Toutefois, ces mesures ne sont pas sans compensation, du fait que les États concernés ont l’obligation d’engager des mesures en vue de redresser leur situation fiscale d’une part ; et des changements de portée générale relative à leur économie et cela  en s’adaptant aux normes de flexibilisation des divers marchés et de privatisation d’autre part.

Les normes en question sont au programme européen depuis 2000, année correspondant au premier traité de Lisbonne. De plus, elles font partie des requêtes que la banque centrale européenne adresse aux États concernés depuis la création de celle-ci.

 

Dans cette optique, le Securities Market Program est considéré comme étant un risque et une opportunité pour la banque centrale européenne. Et cela peut se concevoir à travers ces quelques exemples.

En août 2011, le président de la banque centrale européenne et le président de la banque centrale italienne adressent une lettre au président du Conseil des ministres italiens, Silvio Berlusconi. Dans cette lettre, les deux présidents lui font part de la situation de l’Italie vis-à-vis du marché de la dette publique. Et  pour stabiliser les cours  du marché en question, la banque centrale se doit de racheter les bons du trésor italien.

En février 2011, le président de la Bundesbank, Axel Weber, fait l’annonce de sa démission. Quelques jours après son annonce, il indique que les réactions de certains gouverneurs au sein du Securities Market Program sont les principales raisons qui ont justifié sa décision ; mais également les conséquences que son action pourra déclencher au niveau du Conseil des gouverneurs.

Suite au départ du président de la Bundesbank du SEBC ou du système européen des banques centrales, Jürgen Stark quitte lui aussi son poste. Comme le départ d’Axel Weber, la démission de Jürgen Stark[2] est justifiée par l’éloignement de la banque centrale européenne des fondements dits conformistes dont l’objectif principal est de guider la politique monétaire de ladite banque.

Postérieurement à son départ, la valeur de l’euro a chuté et l’index qui couvre près de quatre-vingt-dix pour cent du capital boursier du monde a atteint sa plus basse valeur.

La démission des deux acteurs les plus importants du Conseil des gouverneurs, et la création du Securities Market Program ont eu pour conséquence la réticence de certains pays aux marchés financiers par rapport à l’aptitude de la banque centrale européenne d’une part ; et sa cohésion avec les instances qui dirigent la zone euro d’autre part.

Néanmoins, en novembre 2010, le conseil pour les affaires monétaires et financières (ecofin) et le parlement européen ont validé une norme ayant pour but de réformer le système européen de supervision financière. Toutefois, la plus importante mesure de cette réforme reste la mise en place d’un organisme, dont la seule et unique finalité est de contrôler les « risques macrosystémiques » ou « European Systemic Risk Board » ou encore l’ESRB au niveau de l’union économique et monétaire (UEM).

Ce sujet n’a aucun lien avec le Securities Market Program, mais constitue un élargissement du champ d’action de la banque centrale européenne. En outre, la place qu’occupent les dirigeants des banques centrales dans l’European Systemic Risk Board est de la plus haute importance.

L’ESRB est en charge  de donner des recommandations et des avis qui sont en relation avec son rôle de surveillance macroprudentielle, aux sociétés bancaires, aux gouvernements, et aux autorités étatiques de régulation.

Aussi, par l’intermédiaire de l’ESRB, la banque centrale européenne bénéficie également des responsabilités en relation avec la supervision des banques, rôle dont elle avait été dépossédée depuis sa création.

 

Effectivement, les visions qualifiées d’orthodoxe relative à la politique monétaire d’une banque centrale supposent qu’elle ne doit se préoccuper que de l’équilibre des prix.

La banque centrale européenne a cependant montré son  enthousiasme à regagner ses qualités ayant trait au contrôle dans les années qui ont suivi sa création. Cela s’est donc matérialisé par la mise en place de l’European Systemic Risk Board.

L’ensemble des éléments que nous venons de mentionner supra n’a pas été évoqué de manière anodine. Au contraire, ils sont révélateurs. Ils indiquent l’agencement de la capacité d’action politique de la banque centrale européenne durant la crise.

Eu égard à cela, le présent travail de recherche a pour finalité de répondre à des questions d’ordre centrales : quel est le rôle de la banque centrale européenne ? A-t-il évolué depuis sa création ?

Afin de répondre à ces questions, nous allons voir en premier lieu la banque centrale européenne et la gestion de la crise de la zone euro. Puis, en second lieu, la banque centrale européenne et la normalisation macro-prudentielle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Première partie : La banque centrale européenne face à la gestion de la crise de la zone euro :

 

Dans cette première partie, nous allons voir de quelle manière la banque centrale européenne a pu contenir et gérer la crise de la zone euro. En effet, une crise financière sollicite une réaction coordonnée venant des organismes concernés, quel soit monétaire, politique et même économique.

 

Qui plus est, une réponse coordonnée de ces autorités permettra de stabiliser les systèmes socio-économiques sous leur charge. Et les démarches constructivistes tendant à combattre la crise ont démontré qu’on ne peut déterminer les difficultés rencontrées, ni trouver des solutions adapter à ces dernières.

 

La banque centrale européenne reste donc  le seul organisme capable d’apporter des solutions adéquates à celles-ci.

 

En outre, si notre analyse est centrée sur la banque centrale européenne, il ne faut pas léser les rôles que peuvent jouer les autres protagonistes comme la France et l’Allemagne. Aussi, deux raisons motivent la banque centrale dans la gestion de la zone euro.

 

 

  • Premièrement, elle veut stabiliser la zone euro en minimisant la charge financière qui incombe aux acteurs de l’union économique et monétaire.

 

  • Deuxièmement, elle veut éviter à tout prix que les structures et les normes futures instituées au sein de l’union économique et monétaire pour combattre et prévenir la crise ne soient entérinées, et ce de façon contraire aux normes financières guidant lesdits acteurs.

 

Et même si les États concernés ont des visions qui divergent, la banque centrale arrive toujours à converger leurs intérêts. C’est la raison pour laquelle, elle a une réputation très élevée à l’égard des acteurs de l’union économique et monétaire ; et ce notamment à l’aide d’un double mouvement qui caractérise son action politique.

 

Aussi, pour mener à bien notre étude dans cette première partie, il nous est opportun d’analyser dans un premier chapitre le rôle proprement dit de la banque centrale. Toutefois, pour en savoir en quoi consiste vraiment le rôle de la banque centrale européenne, nous devons étudier tout d’abord la crise et la structure de l’union économique et monétaire. On y abordera ensuite, l’influence de la banque centrale européenne sur ses collaborateurs durant la crise. Par ailleurs,  il nous sera également donné de voir dans cette première partie les effets de l’influence de la banque centrale européenne quant à la procédure de résolution de la crise.

[1] Communiqué de presse de la banque centrale européenne, Francfort, 10 mai 2010.

[2] Membre du directoire de la banque centrale européenne.

Nombre de pages du document intégral:45

24.90

Retour en haut